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Thrombose et Vaccins COVID

Thrombose et Vaccins COVID, écrit par Erwan Sallard, relu par Paul et Diane. Dernière MAJ : 22/04

Pourquoi les vaccins COVID sont-ils associés à des cas de thromboses ? Réponse courte : on ne sait pas. C’est très difficile de le savoir car les thromboses sont parfois dures à identifier et en raison du petit nombre de patients : plusieurs dizaines de cas de thrombose ont été détectés chez les centaines de millions de personnes vaccinées contre le COVID. Puisque la thrombose survient aussi parfois sans vaccination, on n’est même pas sûr que c’est le vaccin qui provoque la thrombose et pas un autre facteur de risque auquel certaines personnes sont exposées. Cependant, beaucoup de chercheurs se sont mobilisés sur cette question et quelques pistes se dessinent de plus en plus clairement.

1) Qu’est-ce que la thrombose ?

Le sang est un fluide très complexe. Il contient plusieurs types de cellules : les globules rouges, qui transportent l’oxygène ; les globules blancs, des cellules immunitaires ; et les plaquettes (ou thrombocytes), qui assurent la coagulation du sang en cas de blessure. Le sang contient aussi de nombreuses protéines dont les anticorps, les facteurs de coagulation et des molécules de communication.

En cas de blessure, les plaquettes s’activent : elles s’agglutinent au niveau de la blessure, produisent des molécules de communication pour prévenir les plaquettes voisines et utilisent les facteurs de coagulation du sang pour former un caillot de sang coagulé qui bouche la blessure.

 

La thrombose est l’obstruction d’un vaisseau sanguin qui a lieu lorsqu’un grand nombre de plaquettes s’activent par erreur en absence de blessure. Si la thrombose a lieu dans un organe important comme le cœur ou le cerveau, la diminution de la circulation sanguine peut avoir des conséquences graves voire être mortelle.

2) Epidémiologie

Le principe des vaccins contre la COVID est de faire produire à certaines cellules de l’organisme la protéine Spicule (ou S ou Spike) du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID. Ainsi, le système immunitaire apprend à reconnaître la protéine S et à se défendre contre le virus.

Il y a actuellement deux types de vaccins contre la COVID :

  • les vaccins à ARNm (Pfizer-BioNtech, Moderna), qui contiennent des vésicules lipidiques transportant une molécule d’ARNm codant pour la protéine S
  • les vecteurs viraux (AstraZeneca, Jenssen). Ce sont des adénovirus, des virus qui provoquent habituellement des rhumes bénins, qui ont été modifiés pour exprimer la protéine S et ne pas être eux-mêmes pathogènes

1 à 2 semaines après leur vaccination contre la COVID, certaines personnes souffrent de graves maux de tête dus à une thrombose des sinus veineux du cerveau qui dégénère dans certains cas jusqu’à la mort. Ces thromboses sont associées à une thrombocytopénie. Ces cas sont heureusement très rares [1] :

  • environ 2 par million pour les vaccins à ARNm
  • environ 5 par million pour les vecteurs viraux

En comparaison :

  • 39 par million en cas de COVID
  • 600 par million et par an pour les utilisatrices de pilules contraceptives de troisième génération

Les cas de thrombose associés aux vaccins concernent essentiellement les personnes jeunes (moins de 55 ans) et les femmes.

3) Thrombose et pathogènes : ce que l’on sait

a) PF4, déficit de plaquettes et HIT

Les plaquettes peuvent jouer un rôle immunitaire : quand elles sont activées, elles produisent la protéine PF4 (facteur plaquettaire 4) qui s’accroche aux bactéries qui sont entrées par la blessure. Le PF4 change de conformation quand il est fixé, et sous cette nouvelle forme il peut être reconnu par le système immunitaire comme un corps étranger contre lequel des anticorps sont produits (voir notre article “les vaccins, comment ça marche ?”). La bactérie se retrouve alors enrobée de PF4 et d’anticorps anti-PF4, qui peuvent à leur tour activer des plaquettes et provoquer la formation d’un caillot de sang autour de la bactérie, ce qui l’empêche d’endommager l’organisme.

Néanmoins, dans de rares cas, les anticorps anti-PF4 se fixent aussi sur les plaquettes car elles produisent PF4, ce qui pousse les globules blancs à les éliminer et provoque un déficit de plaquettes nommé thrombocytopénie. On parle de production d’auto-anticorps.

Ce mécanisme est impliqué dans la thrombose induite par l’héparine (HIT), une forme de thrombose ayant les mêmes symptômes que celles associées aux vaccins. L’héparine est normalement un anti-coagulant administré par exemple après des greffes d’organes, mais chez un très faible nombre de patients, PF4 se fixe à l’héparine, des anticorps anti-PF4 sont alors produits, puis beaucoup de plaquettes sont éliminées. Les plaquettes restantes s’activent et font coaguler le sang anormalement [5].

b) Pathogènes et activation des plaquettes

Beaucoup de pathogènes peuvent directement activer les plaquettes, en s’y fixant ou en modifiant les molécules de communication émises par la paroi des vaisseaux sanguins. C’est le cas par exemple des virus de la varicelle, de la dengue ou du SIDA. C’est aussi le cas pour certains adénovirus (Ad5, [4]), mais cela n’a à ma connaissance pas été testé pour les adénovirus utilisés dans les vaccins (Ad26 et un adénovirus de chimpanzé). Cependant, l’activation des plaquettes par ces pathogènes ne conduit pas à des thromboses graves.

Les adénovirus sont déjà utilisés en thérapie génique et dans certains vaccins depuis plusieurs années. Aucun cas de thrombose n’a été attribué à ces vecteurs. On ne sait pas si ces vecteurs sont réellement plus sûrs que les vaccins COVID, car ils n’ont été utilisés “que” chez des dizaines de milliers de patients contre des dizaines de millions pour les vaccins AstraZeneca et Jenssen.

Le SARS-CoV-2 active les plaquettes et induit la production de PF4. Il a été démontré que la protéine S seule suffit à induire ces symptômes. Des anticorps contre PF4 ont été détectés chez tous les patients thrombotiques vaccinés contre le COVID dont les anticorps ont été testés [2,3].

4) Une hypothèse sur les causes et le mécanisme de la thrombose associée aux vaccins COVID

À partir de ces données, on peut proposer un modèle qui pourrait expliquer les thromboses associées aux vaccins :

La protéine S produite par les vaccins provoque l’activation des plaquettes et la production de PF4. Chez un petit nombre de patients, PF4 se fixe à quelque chose (de l’ARNm ou ADN libéré dans le sang par les vaccins ?). Des anticorps anti-PF4 sont produits ce qui conduit à une thrombocytopénie.

Cependant, l’effet est nettement plus limité que lors d’une véritable infection par le SARS-CoV-2. Les thromboses provoquées par les vaccins à ARNm sont rarissimes et bénignes.

Mais les adénovirus des vaccins AstraZeneca ou Jenssen activent les plaquettes encore un petit peu plus, ce qui suffit à rendre les thromboses un peu plus fréquentes et plus graves.

Cette hypothèse reste à confirmer. Si elle s’avère juste, cela expliquerait pourquoi les patients sont majoritairement jeunes, puisque le système immunitaire devient moins réactif avec l’âge, donc moins prompt à déclencher des réactions auto-immunes.

Il reste encore beaucoup de mystères à éclaircir : pourquoi les femmes sont-elles les plus touchées ? Pourquoi observe t’on la thrombose chez certaines personnes mais pas chez la grande majorité des vaccinés ? Les traitements contre la HIT sont-ils efficaces contre la thrombose associée aux vaccins ? Y a-t-il des vaccinés qui produisent des anticorps anti-PF4 sans développer de thrombose ? Espérons que la recherche scientifique répondra à ces questions dans les prochaines semaines.

5) Peut-on repérer ou soigner la thrombose associée aux vaccins COVID ?

Il est recommandé de consulter un médecin en cas de maux de têtes, nausées ou douleurs intenses qui ne s’arrêtent pas dans les 3 jours suivant la vaccination. Il faudra alors mesurer les taux de plaquettes pour détecter une éventuelle thrombocytopénie. Pour éviter une thrombose, des anticoagulants autres que l’héparine peuvent être administrés.

Références : 
[1] https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/vaccin-anti-covid-8-10-fois-plus-risques-thrombose-apres-infection-covid-19-quapres-avoir-ete-vaccine-86858/
[2] Schultz et al, 2021. Thrombosis and Thrombocytopenia after ChAdOx1 nCoV-19 Vaccination. NEJM. DOI: 10.1056/NEJMoa2104882
[3] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1784809/thrombose-thrombocytopenie-vaccin-astrazeneca-covid-19
[4]  Othman et al. Adenovirus-induced thrombocytopenia: the role of von  Willebrand factor and P-selectin in mediating accelerated platelet  clearance. Blood (2007) 109 (7): 2832–2839
[5] Greinacher. Heparin-Induced Thrombocytopenia. N Engl J Med 2015; 373:252-261
[6] Zhang et al 2020. SARS-CoV-2 binds platelet ACE2 to enhance thrombosis in COVID-19. Journal of Hematology & Oncology 13: 120

 

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