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Barrière d’espèce et SARS-COV-2

Barrière d’espèce et SARS-COV-2

Auteur : Arthur Cousson

Voies de transmission d’agents pathogènes des réservoirs zoonotiques ou environnementaux à l’homme.

Image : Par Immunologie clinique et expérimentale © 2019 / British Society for Immunology

Pourquoi le SRAS-CoV2 (COVID-19) est-il meurtrier ?
Introduction

En fin d’année 2019, un nouveau virus rentre au palmarès des virus humains: le SRAS-CoV2 (Coronavirus 2 du Syndrome Respiratoire Aiguë Sévère) qui rencontre ses premiers hôtes dans la province de Wuhan en Chine. En quelques mois, le nouveau venu se répand au sein des pays majeurs de la mondialisation (France, États-Unis, Angleterre, Italie…) laissant sur son passage des centaines de milliers de morts (279 705 morts comptabilisés au 10 Mai 2020 – Institut John Hopkins). Il semblerait que la souche de Coronavirus actuelle provienne de la chauve-souris. Comment se fait-il qu’un virus d’un autre animal qui n’a a priori rien à voir avec les êtres humains les contamine ? Et comment se fait-il que les humains meurent par milliers là où les chauve-souris ne sont pas décimées et ce, malgré l’absence de système de santé chez les Chiroptères (chauve-souris) ?

Fonctionnement d’une interaction parasitique

Tous les êtres vivants ont des parasites. Les humains doivent gérer des vers intestinaux, des ectoparasites comme les poux et les morpions, des infections bactériennes et virales. Les plantes sont attaquées par des pucerons ou des galles. Les Bactéries sont même attaquées par des virus qui leur sont spécifiques : les Bactériophages (littéralement : les mangeurs de bactéries).

L’état parasité est la norme. Notre système de santé efficace et nos mesures d’hygiène nous ont aidé à l’oublier.

Mais si l’on regarde les différentes interactions parasitiques, par exemple un virus et son hôte comme le Virus Varicelle-Zona (VZV) et l’être humain, presque personne ne meurt de varicelle. La quasi-totalité des enfants en développent une forme bénigne qui leur permet d’acquérir une résistance immunitaire contre ce virus pour le reste de leur vie (bien qu’il soit terriblement dangereux pour l’adulte non-immunisé). Le VZV est un virus qui s’attaque aux humains depuis très longtemps. En cela, les êtres humains ont évolué, au fil des générations, face à ce virus et sont aujourd’hui plus à même de le combattre. De même que dans l’autre sens, le VZV a évolué en réaction à ses interactions avec ses hôtes humains. Il est devenu spécifique (le VZV humain ne s’attaque pas aux animaux) et non mortel (un virus qui tue son hôte meurt avec lui).

Ces mécanismes d’évolution réciproques ont été théorisé par le biologiste Leigh Van Valen sous le nom d’hypothèse de la Reine Rouge, calquée sur ces quelques mots écrits par Lewis Carroll dans De l’autre côté du miroir (la suite des aventures d’Alice au Pays des Merveilles).

Alice et la Reine Rouge se lancent dans une course effrénée. Alice demande alors :

« On arriverait généralement à un autre endroit si on courait très vite pendant longtemps, comme nous venons de le faire. » Et la reine répondit : « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit. Si on veut aller ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça ! »

Dans d’autres termes, nous pouvons comparer ces mécanismes d’évolution réciproque comme une course aux armements. Les uns développent des armes, les autres des défenses, mais personne n’appuie jamais sur le bouton de l’arme nucléaire, entraînant la destruction mutuelle des belligérants.

Il en va de même pour les parasites et leurs hôtes, l’existence pérenne est permise par des armes affûtées, de solides défenses, mais surtout une mesure quant à l’agressivité du parasite vis-à-vis de son hôte.

Mais dans ce cas-là, pourquoi le SRAS-CoV2, responsable de la pandémie actuelle de COVID-19 est-il si meurtrier avec ses hôtes ?

Les interactions parasitiques nouvelles sont très violentes

Si vous avez un marronnier d’Inde près de chez vous, allez donc regarder ses feuilles. Vous verrez alors qu’elles sont toutes très abîmées. Si vous êtes attentifs, vous y verrez de petites galeries creusées à l’intérieur des feuilles, parfois même, on y trouve une petite chenille en train de s’en nourrir.

Tous les arbres ont des parasites, ce n’est pas un scoop. Cependant, dans le cas de la mineuse du marronnier, c’est différent. En effet, cela ne fait que quelques dizaines années (depuis 1980) que cette dernière s’attaque à nos chers marronniers ornementaux. Avant cela, la mineuse s’attaquait à un autre arbre, chez qui elle n’entraînait pas de dégâts si importants. Cela venait du fait que l’interaction parasitique était ancienne, la mineuse avait développé des armes aiguisées pour s’attaquer aux feuilles de son arbre et la plante avait développé de solides défenses contre cette intruse. Tout se passait bien, les attaques étaient relativement contenues, ne devenant problématiques que chez des organismes en mauvaise santé. En revanche, le marronnier d’Inde n’avait jamais vu une mineuse. Il n’avait donc aucune défense contre cette dernière, alors que la mineuse elle, possédait des armes très affûtées.

Le résultat est sans appel, les marronniers sont incapables de contrecarrer les attaques de mineuses et en subissent donc les conséquences.

Ce qu’il s’est passé entre la mineuse et le marronnier est un cas analogue à ce qu’il se passe en ce moment, un virus qui avait co-évolué avec un hôte parvient à s’attaquer à un nouvel hôte qui lui est incapable de se défendre, l’interaction parasitique est alors violente. Seul le temps pourra permettre à l’interaction de perdre en violence, sélectionnant des résistances chez les marronniers et diminuant la violence d’attaque chez la mineuse (un arbre mort ne permet plus aux mineuses de vivre).

Très bien, la dangerosité de SRAS-CoV2 provient du fait qu’il a co-évolué avec un autre hôte, qu’il a affûté ses armes là où nous n’avons pas eu d’occasion de mettre en place des défenses contre ce parasite-virus.

Mais comment se fait-il qu’un virus de chauve-souris finisse par s’attaquer à des humains ?

 

Zoonose : Franchissement de la barrière d’espèce

On appelle zoonose une maladie humaine provoquée par un pathogène qui infecte d’autres animaux et qui parvient soudainement à s’attaquer aux êtres humains. Nous nous souvenons tous du Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH), responsable du syndrome de l’immuno-déficience acquise (SIDA). Le VIH provient d’un virus proche, présent chez les Singes. On estime que le transfert s’est principalement effectué à partir de la consommation de viande de brousse et du contact avec des primates domestiques.

Dans le cas des interactions avec des virus, il faut voir le virus libre (virion) comme une graine de plante qui plane avant de tomber dans un sol fertile. Le sol fertile pour les virus humains sont bien entendu nos cellules. Et il faut voir nos cellules (et particulièrement leur surface) comme des objets minuscules et prodigieusement complexes. La capacité à rentrer dans ses dernières n’est pas anodine. Alors comment un virus adapté à rentrer dans des cellules de chauve-souris finit-il par rentrer dans des cellules humaines ?

Regardons les virus comme des intrus tentant de pénétrer par effraction quelque part (ici, nos cellules). Les cellules ne sont pas vraiment ouvertes sur l’extérieur, tout ce qui rentre et sort est parcimonieusement contrôlé. Le virus est capable d’interférer avec un système de transport ou d’entrée et de pénétrer au sein de la cellule. Cependant, on peut se poser la question de comment un virus qui n’a jamais vu de cellule humaine peut-il avoir la capacité à y entrer ?

Ah, ça c’est un coup de laboratoire P4 de Wuhan ! Ils voulaient contaminer les humains pour vendre des vaccins !

Non, désolé de vous décevoir, la réalité est bien moins sexy…

A chaque fois qu’un virus se reproduit, il arrive que de petites variations (des mutations) arrivent. Tout comme vous lorsque vous cuisinez un gâteau, parfois votre gâteau varie un peu malgré le fait que vous ayez suivi la même recette, un peu plus de sucre, un peu moins de cuisson et j’en passe. Il en va de même pour les virus. Et parfois, la mutation peut toucher le système qui permet de pénétrer dans les cellules. Et il est arrivé qu’un virus ayant muté depuis la souche de chauve-souris ait été en contact avec un être humain. Il suffisait (grossièrement) d’un seul virus ayant cette mutation intéressante, car une fois à l’intérieur d’un humain, il se reproduit et tous les virus produits sont (à la mutation près) capable d’infecter des êtres humains.

Et grâce à ce que nous disions un peu plus haut, vous comprenez qu’un virus aux armes affûtées qui (par une mutation hasardeuse) a obtenu la capacité d’infecter des êtres humains y fassent tant de dégâts.

Conclusion

En ces temps difficiles, les réponses toutes faites et faciles à avaler fleurissent sur le net. Les complotistes n’ont jamais eu tant de grains à moudre. Alors ne leur laissons pas cette chance, cultivons notre esprit critique, lisons, apprenons et nous trouverons presque toujours des explications parcimonieuses, scientifiques et rationnelles n’impliquant pas nécessairement, encore, d’en appeler au Grand Méchant Monde, les Illuminati, les Reptiliens ou les méchants Scientifiques chinois vendeurs de vaccins.

Arthur Cousson

arthur.cousson@ens.fr

Articles sur les hypothèses sur l’origine du SARS-COV-2 en dessins : ici

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